LIBERATION – 23/01/12 – Par CHRISTOPHE ALIX
Crédit . Les syndicats mettent les 433 suppressions de postes annoncées sur le compte de l’actionnaire.
Ils ne s’attendaient pas à de tels chiffres. Sur les 2 600 salariés que compte le groupe Laser Cofinoga, 433 vont voir leur emploi supprimé, principalement à Mérignac, le siège opérationnel dans la banlieue de Bordeaux (Gironde). L’annonce, qui a fait l’effet d’un «choc» vendredi, a immédiatement provoqué la colère des syndicats et des élus locaux. Ils accusent la BNP, co-actionnaire à hauteur de 50% au côté du groupe Galeries Lafayette, d’avoir abandonné Cofinoga au profit de son concurrent Cetelem, qu’elle détient à 100%. Et redoutent de nouvelles suppressions d’emplois dans les prochains mois.
D’après eux, la situation actuelle de Cofinoga aurait pu être anticipée depuis 2010 au moins, date de l’entrée en vigueur de la loi Lagarde sur le crédit. Une loi destinée à lutter contre le surendettement et qui encadre étroitement les crédits renouvelables dits «revolving», la grande spécialité de Cofinoga… Au premier semestre 2011, sa maison mère, Laser Cofinoga, a publié un bénéfice de 30,8 millions d’euros, en chute de 48% sur un an.
«Braquet». «Cetelem ou Sofinco ont immédiatement changé de braquet et développé une nouvelle stratégie, tant sur les produits que sur les marchés», explique Lionel Azougalhi, délégué CFDT et porte-parole de l’intersyndicale. La preuve c’est «que eux s’en sortent» et qu’aujourd’hui «Cetelem propose de reprendre 40 salariés de Cofinoga», déplore le syndicaliste. BNP-Paribas se défend en arguant que «Laser Cofinoga est une société financière autonome commercialement, qui de ce faitassume seule sa gestion opérationnelle et ses orientations commerciales», explique un porte-parole de la banque. Grâce à leur taille plus importante et à un portefeuille d’activités plus diversifié, Cetelem et Sofinco n’ont pas connu la brusque décrue d’activité de Cofinoga. Mais ils souffrent également du recul de la demande de prêts, perceptible depuis plusieurs mois en raison de la crise et de la stagnation de la consommation.
Selon le rapport annuel de l’Observatoire des crédits aux ménages publié la semaine dernière, les prochains mois s’annoncent plus sombres encore. Fin 2011, seuls 4% des ménages envisageaient de demander de nouveaux crédits immobiliers au cours des six mois suivants et 3,6% de nouveaux crédits à la consommation, contre respectivement 4,8% et 4,1% en 2010. Un «repli important», selon l’observatoire, qui estime que le financement de crédit mute. Il se concentre désormais sur des achats durables, comme la voiture (57%), les prêts personnels (27%) et les crédits destinés aux travaux dans les habitations (10%), et concerne de moins en moins les dépenses de loisirs et de consommation courante.
Frein. L’entrée en vigueur prochaine du deuxième volet de la loi Lagarde pourrait continuer d’impacter un secteur déjà fragilisé. Il prévoit que le taux de l’usure ne dépendra plus, comme c’est le cas depuis 1966, du type de crédit (renouvelable ou amortissable), mais uniquement de son montant. Un nouveau coup de frein à la rentabilité des établissements de crédit, qui verront encore leurs marges diminuer.
En attendant, le maire UMP de Bordeaux, Alain Juppé, s’est joint à d’autres élus du Bordelais, tous socialistes, pour mettre en garde BNP Paribas et Galeries Lafayette contre un plan social qu’ils ont les moyens financiers, disent-ils, «d’éviter».«Il est indispensable que le gouvernement se saisisse de ce dossier, ont-ils cosigné dans un communiqué, pour empêcher que les salariés fassent les frais de licenciements dictés par les seuls intérêts de la finance.»
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«Les Français ont appris à se méfier des crédits renouvelables»
Propos recueilli par MARION GARREAU
Alors que Cofinoga vient d’annoncer la suppression de 430 emplois, Maxime Chipoy, de l’UFC-Que choisir, analyse les raisons de l’effondrement des crédits renouvelables:
La société de crédit à la consommation Cofinoga a annoncé vendredi la suppression de 433 emplois. Pour Maxime Chipoy, chargé de mission banque et assurance à l’UFC-Que choisir, cette décision est liée à l’évolution des pratiques des Français, davantage conscients des risques liés aux crédits renouvelables.
La décision de Cofinoga est-elle due à un changement de comportement des Français qui auraient moins recours au crédit à la consommation ?
Les statistiques récentes montrent que les crédits à la consommation ne connaissent qu’une baisse sensible, mais que les crédits renouvelables s’effondrent [une chute de 50% entre 2009 et 2011 d'après le courtier Empruntis, ndlr].
Les explications sont multiples. Au premier chef, il y a les effets de la loi Lagarde, qui oblige les vendeurs à proposer systématiquement une alternative au crédit renouvelable, donc un crédit amortissable. Une étude réalisée par l’UFC-Que choisir en 2009 montrait que huit crédits sur dix proposés sur les lieux de vente étaient de type renouvelable. La loi initiée par Christine Lagarde a beaucoup amélioré ça. Comme les crédits amortissables présentent des taux bien plus avantageux, autour de 6-7% contre 15% pour les renouvelables, les Français ont maintenant tendance à les privilégier.
Deux autres facteurs jouent également. De nombreuses études et articles sur le sujet portent leurs fruits et les crédits renouvelables commencent à avoir mauvaise réputation. Et puis, en temps de crise, les ménages tendent à moins s’endetter pour des choses futiles. Or, quand on veut acheter un bien durable, on a plutôt recours à un crédit amortissable.
Avez-vous constaté à l’UFC-Que choisir une réelle prise de conscience du danger des crédits renouvelables par les ménages ?
Oui, absolument. On a eu beaucoup de retours, de courriers envoyés par des consommateurs, qui en témoignent. Certains ménagent utilisaient les crédits renouvelables pour payer leurs courses en fin de mois. Mais très vite, ils se sont aperçus que c’était encore plus difficile le mois d’après, car il fallait payer les intérêts. Aujourd’hui les Français ont appris à se méfier de ce type de crédit.
Est-ce que vous pensez qu’il faut s’attendre à de nouveaux licenciements dans d’autres sociétés de crédits à la consommation ?
Pas forcément. Si on suit la logique actuelle, les crédits renouvelables sont remplacés par des crédits amortissables. Or ce n’est pas le type de crédit qui compte mais le nombre.
Ceci dit, les crédits amortissables rapportent moins d’intérêt. Les bénéfices devraient donc diminuer. Dans ce cas là, ce n’est pas le changement de crédit qui pose problème mais une politique d’actionnariat qui cherche à réduire ses coûts pour dégager davantage de bénéfices.
