Epargne : les Français s’enrichissent toujours, mais beaucoup moins vite

les échos – Edouard Lederer / Journaliste au service Finance | 

L’ARGENT DES FRANÇAIS – Le patrimoine financier des ménages a légèrement progressé depuis 2007 en dépit de la crise. Mais à présent, ces portefeuilles, concentrés sur des placements sans risque, profitent peu de la reprise qui pointe.

L’épargne des Français a traversé sept années de crise financière à l’image de l’économie entière du pays : tout en affichant une bonne résistance au plus fort de la tempête, elle profite désormais assez peu du retour – encore timide – du soleil. De fait, et même si cela peut sembler surprenant, les ménages hexagonaux ont peu ou prou continué de s’enrichir ces dernières années, là où nos voisins ont au contraire vu leurs économies fondre. «  La crise a surtout provoqué un très net ralentissement de cet enrichissement. De 1994 à 2004, le patrimoine global des Français progressait encore de 7,5 % par an, en grande partie en raison de l’appréciation de l’immobilier. Mais, depuis 2007, la richesse ne progresse plus que de 1,4 % par an  », souligne Cyril Blesson, associé au cabinet Pair Conseil.

Deux explications se sont conjuguées : tout d’abord, les prix de l’immobilier font presque du surplace après des années de croissance à vitesse grand V. Ensuite, la composante financière du patrimoine n’a progressé que de 3 % chaque année, soit moitié moins qu’avant 2007.

A y regarder de plus près, c’est à un  « enrichissement de crise » que l’on a assisté : alors que les Français mettaient de côté chaque année entre 120 et 140 milliards d’euros jusqu’en 2006-2007, ces flux tournent à présent autour de 80 milliards d’euros. «  C’est un effet du ralentissement du marché immobilier et du crédit. Il y a eu moins de transactions immobilières dans l’ancien, car moins d’injection de ressources financières additionnelles via le crédit habitat, et de là moins de liquidités à replacer pour les vendeurs, voire une mobilisation plus forte du patrimoine financier pour réaliser les achats immobiliers  », souligne Cyril Blesson.

Livret A, PEL, assurance-vie

Les épargnants ont aussi bénéficié pendant la crise de la rémunération de leur épargne, élevée au regard de l’environnement de taux faible où est plongée la zone euro. La France connaît en effet – du point de vue de l’épargnant – un agréable microclimat : l’épargne réglementée (Livret A, et surtout le PEL) continue de faire bonne figure, et les fonds en euros garantis de l’assurance-vie ont encore servi une rémunération moyenne de 2,5 % en 2014.

Ces placements dits sans risque captent une bonne partie de l’épargne des Français, au détriment en particulier des actions : qu’elles soient détenues en direct, au travers d’un OPCVM ou au sein d’un ­contrat d’assurance-vie, elles ne représentent qu’un peu plus de 16 % du patrimoine financier des Français. De quoi désensibiliser les portefeuilles à la baisse des marchés, mais aussi à leur hausse. Ainsi, même après le grand rally boursier de ces derniers mois, les épargnants restent abonnés aux maigres rémunérations de leurs placements traditionnels.

Prévoyance à long terme

Le plus troublant, c’est qu’ils en sont probablement conscients. «  Le rôle du patrimoine a profondément évolué dans la société. Il ne s’agit plus d’une aspiration à la richesse. Mais plutôt d’un instrument de sécurisation d’un parcours de vie. Si les Français ont continué d’épargner pendant la crise, ce n’était pas un comportement de “précaution” ponctuel, mais bien de prévoyance à long terme  », souligne Alain Tourdjman, directeur des études économiques chez BPCE. «  Si je déprécie mes revenus futurs, j’ai tendance à donner une plus grande valeur à ce que je détiens déjà  », reprend-il.

Dans ces conditions, l’accession à la propriété est devenue un objectif en soi. Et le taux d’épargne des Français se maintient contre vents et marées autour de 15 %.