« Les candidats doivent expliquer là où ils veulent moins d’Etat et là où il en faut davantage »

Le Monde – 27/01/2017 -Par Louis Maurin

Pour Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, si le budget public pèse tant dans le PIB français, c’est parce que le pays a fait le choix de répondre collectivement à des besoins pris en charge ailleurs par le privé.

L’affaire est entendue. Il faut tailler dans les dépenses publiques car la France est « la championne du monde des dépenses », refrain ressassé à droite comme à gauche. Si l’on rassemble l’ensemble des dépenses publiques du pays, la France est en tête en Europe avec 57,5 % du PIB en 2014, soit 8,3 points de plus que la moyenne de la zone euro, selon Eurostat.

Or, ce chiffre n’a pas de signification économique. La France occupe le premier rang parce qu’elle a fait le choix de répondre collectivement à une partie des besoins quand d’autres passent par le privé. Au final, le citoyen ne paie pas plus cher.

Rares sont ceux qui cherchent à comprendre d’où vient l’écart entre la France et ses voisins. Sur nos 8,3 points de différence, plus de la moitié provient de la protection sociale et presque exclusivement des retraites. Pourtant si l’on prend en compte l’ensemble des régimes, volontaires (comme les fonds de pension) ou non, les retraites ne sont pas plus élevées en France qu’ailleurs. Nous payons des cotisations sociales alors que nos voisins britanniques ou allemands mettent la main au porte-monnaie. Tout le monde fini par payer.

Retraite, école, santé…

Le reste de l’écart provient de plusieurs sources. La France dispose d’un service de santé que le monde lui envie, rémunère très bien une partie des professionnels du secteur et consomme beaucoup de médicaments : un surcoût de 0,9 point de PIB. La France a connu au milieu des années 1990 un regain démographique que d’autres pays n’ont pas enregistré, accueille les enfants à l’école gratuitement dès 3 ans et a choisi un enseignement diversifié au lycée.

Résultat, + 0,7 point de PIB. Elle soutient le logement et la construction de routes : + 0,7 point de PIB. Elle aide ses entreprises, encore + 0,7 point. Enfin, elle entretient une force armée importante : + 0,5 point. En revanche, les « services généraux », le coût de l’administration des services publics, représentent 0,3 point de moins que la moyenne de la zone euro !

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Retraite, école, santé… : si vous prenez en compte l’ensemble des coûts, les Français ne dépensent guère plus que les autres. Notre pays a choisi un modèle social qui tient mieux compte des niveaux de vie. Ceux qui veulent tailler dans les dépenses doivent dire aux électeurs que demain ils devront payer ces services de leur poche. L’écart vient essentiellement des retraites, il faudra donc les diminuer et développer les fonds de pension à la place. Les catégories aisées y seront gagnantes si elles acceptent de jouer leurs retraites en bourse, et l’addition sera payée par les couches populaires et moyennes.

Au-delà des clivages politiques

L’argent public est rare. Si l’on cherche les économies, il faut se poser la question de l’intérêt général. On peut réduire les dépenses si on agit au bon endroit. Songez aux 40 milliards par an du pacte de responsabilité (presque l’ensemble du budget de l’éducation nationale) dont l’effet est plus que limité sur l’emploi (à 75 000 euros le poste créé…).

Aux niches fiscales sans impact, aux commandes publiques incontrôlées qui nourrissent le secteur privé indûment, à certains professionnels de santé et aux entreprises du médicament qui vivent des largesses de la collectivité, en passant par l’implantation de forces de sécurité dans des quartiers où personne n’en a besoin.

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En contrepartie, cela impose de réfléchir aux besoins. Des places de crèches au logement social en passant par les prisons, la justice, la dépendance, l’école ou la sécurité des quartiers, nombreux sont les domaines où une intervention publique est nécessaire et largement reconnue, bien au-delà des clivages politiques. Tous les candidats à la présidentielle commencent à en faire la liste ! Plutôt que de mentir en prétextant que l’on en fait plus que les autres, il faut expliquer là où l’on veut moins d’Etat et là où il en faut davantage. Au final, les économies ne seront pas aussi importantes que cela.

Louis Maurin (Directeur de l’Observatoire des inégalités)