Procès Pérol : agitation en coulisse chez BPCE avant la décision en appel

LE MONDE ECONOMIE | 20.05.2017 | Par Véronique Chocron

La cour d’appel de Paris dira le 30 juin si l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy s’est rendu ou non coupable de prise illégale d’intérêts.

Jusqu’ici, tout va bien pour François Pérol, le patron du groupe Banque populaire Caisse d’épargne (BPCE). Dans un peu plus d’un mois, le 30 juin, la cour d’appel de Paris dira si l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy s’est rendu ou non coupable de prise illégale d’intérêts, en prenant la tête de l’institution mutualiste, dont il avait suivi, à l’Elysée, les préparatifs de fusion entre les Banques populaires et les Caisses d’épargne.

Pour l’heure, les puissants barons à la tête des établissements régionaux du groupe décentralisé n’ont pas ouvert les hostilités. Le front anti-Pérol reproche toujours à l’ex-banquier d’affaires son manque d’intérêt pour le modèle mutualiste. Mais les patrons régionaux les plus critiques ont tiré la leçon de la guerre de succession, qui avait ébranlé le groupe au cours des semaines précédant le jugement de première instance, en septembre 2015.

François Pérol avait finalement été relaxé. La colère avait fait long feu. L’épisode s’était soldé par un renforcement de l’autorité du président du directoire de BPCE, qui avait obtenu, dans la foulée du jugement, le renouvellement anticipé de son mandat pour une période de quatre ans.

 

« Plan B »

 

Toutefois, si le calme règne en surface, une autre partie se joue actuellement en coulisse. Le groupe mutualiste a nommé à la présidence de son conseil de surveillance, vendredi 19 mai, un homme reconnu « pour son indépendance d’esprit », selon la formule d’opposants à François Pérol. Michel Grass, par ailleurs président de la Banque populaire Bourgogne Franche-Comté, succède à Pierre Valentin, président de la Caisse d’épargne de Languedoc-Roussillon, réputé très proche de l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. « Michel Grass n’est pas anti-Pérol, mais il est ferme dans ses positions, il ne se laissera pas manipuler », résume une des figures en région du groupe bancaire.

La question n’est pas anodine, car « il reviendra au président du conseil de surveillance de BPCE de préparer le plan B si François Pérol est condamné en appel », résume le patron d’une banque appartenant à la galaxie BPCE.

Selon plusieurs sources internes, Pierre Valentin aurait d’ailleurs tenté, en vain, de prolonger, « en cours de route », de deux à trois ans la durée de son mandat à la présidence du conseil de surveillance de BPCE, il y a quelques semaines. « Les présidents et dirigeants exécutifs des Caisses d’épargne ont voté contre », rapporte l’un d’eux.

 

Un désaveu

 

Les mêmes ont par ailleurs refusé de confier la vice-présidence du conseil de surveillance de BPCE à Pierre Valentin, qui s’était porté candidat, au profit de Nicolas Plantrou (Caisse d’épargne Normandie). Un désaveu pour celui qui « n’a pas offert suffisamment de résistance à François Pérol », analyse un ancien membre du conseil de surveillance.

La fronde ne devrait toutefois pas aller plus loin au cours des prochaines semaines. « Ceux qui envisageaient une succession en 2015 se tiennent prêts, mais ils ne sortiront pas du bois avant le 30 juin, si la sentence devait être défavorable à François Pérol », croit savoir un dirigeant local.

Le 9 mars, l’avocat général a requis une peine de deux ans de prison avec sursis, 30 000 euros d’amende et une interdiction d’exercer toute fonction publique contre l’ancien secrétaire général adjoint de la présidence de la République, soit la peine maximale encourue. Exactement les mêmes sanctions que celles demandées, sans succès, par le Parquet national financier devant le tribunal correctionnel de Paris. A l’issue du procès en première instance, le jugement avait en effet conclu qu’aucun des éléments à charge retenus contre François Pérol n’apportait la preuve d’une prise illégale d’intérêts lors de sa nomination à la tête de BPCE.

Dans l’état-major du groupe, rien ne filtre sur ce qui se prépare. « François Pérol n’en parle pas, indique un proche. Mais, si le juge le condamne, il y aura forcément un plan B. »