Malgré 41.000 recrutements en 2016, l’effectif des banques se réduit encore

Les échos – Edouard Lederer Le 15/06

Le nombre de salariés du secteur bancaire s’est réduit de 0,3 % en 2016, une tendance continue depuis 2011. Les recrutements se concentrent sur des profils experts, plus âgés en moyenne, et davantage qualifiés.

Un paquebot qui lentement change son cap. Encore et toujours l’un des premiers employeurs du secteur privé en France – avec 370.300 emplois à fin 2016 – le secteur bancaire voit peu à peu se réduire le nombre de salariés, et grandir le niveau d’expertise exigé.

Sur le plan arithmétique, tout d’abord, l’année 2016 se solde par une nouvelle réduction du nombre de salariés de 0,3%, pour la sixième année consécutive, selon les données publiées jeudi par la Fédération bancaire française (FBF). Depuis 2011, le nombre d’embauches – tout de même 41.000 rien qu’en 2016, dont une bonne part en CDI – ne suffit plus à compenser le nombre de départs de l’année.

Vagues de départs à la retraite des générations du « baby boom »

La réduction du nombre de salariés s’explique dans un climat bouleversé ces dernières années : dans bien des métiers bancaires, les marges se réduisent et la concurrence progresse, alors que le digital rend les clients plus autonomes. Les établissements ferment ou regroupent leurs agences après une phase d’expansion dans les années 1980 et 1990. Les banques dites « commerciales » (périmètre AFB, c’est-à-dire celles qui ne sont pas coopératives ou mutualistes) connaissent ainsi depuis 2014 autour de 13.000 départs de CDI chaque année.

Un mouvement d’ampleur mais discret, rendu possible par les vagues de départs à la retraite des générations du « baby boom » d’après guerre. Sur ce périmètre AFB, 42.000 personnes pourraient prendre leur retraite d’ici à 2025 (environ 20 % de l’effectif). Ce qui veut dire que si la tendance de baisse des effectifs se poursuivait au-delà de cette date – ce qui est vraisemblable – il pourrait y avoir à ce moment là davantage de plans sociaux dans le secteur.

Plus de promotion interne

Tous les métiers ne souffriraient pas autant. Car du côté des embauches, les banques confirment année après année leur penchant pour des profils toujours plus experts et qualifiés. Les filières conformité -dont les effectifs grandissent à vue d’oeil – et l’informatique représentent une part croissante des recrutements. Dans les agences, les embauches de simples chargés d’accueil connaissent un coup de frein, là où les « chargés de clientèle particuliers » restent très dynamiques. Ces tendances lourdes se lisent sur cinq ans (2012-2016), la part des cadres a ainsi progressé de 55 % à 61 % en 2016.

Dans le même ordre d’idée, la pyramide des âges se déforme peu à peu, avec un renforcement du poids des 30-44 ans dans les effectifs, « signe de l’augmentation de l’âge moyen à l’embauche », commente la FBF… et donc de l’expertise. Plus spectaculaire, la part des bac+5 (et au-delà) dans le total des embauches (dans le périmètre AFB) a bondi de 36,5 % en 2014 à 44,3 % en 2016. Cette montée en gamme des métiers se traduit dans les recrutements externes mais aussi en interne. En particulier le taux de promotion au sein de l’AFB (nombre de changement de niveau de classification rapporté à l’effectif) progresse rapidement dans la population des techniciens.

@EdouardLederer