Air France, Vinci, PSA : face à la croissance, les salariés exigent des augmentations

Le Parisien – 21/02/2018 – Erwan Benezet et Vincent Vérier

Après s’être serré la ceinture, les salariés des grands groupes, redevenus florissants, exigent des augmentations.

Les salariés veulent leur part du gâteau. Depuis le début de l’année, à l’exemple du syndicat IG Metall en Allemagne, qui réclame une hausse de 6 %, les revendications salariales se multiplient. Ainsi, chez Air France, tous les employés sont appelés à cesser le travail jeudi pour exiger des augmentations générales de 6 %. Au sein des sociétés d’autoroutes du groupe Vinci (ASF, Escota, Cofiroute), les agents seront en grève du 23 au 25 février pour obtenir une hausse générale de 1,2 % et une augmentation forfaitaire de 50 euros brut mensuels. Même exigence chez les routiers, ou encore chez Orange, où les syndicats veulent au moins 2,1 % de hausse générale.

Le secteur automobile n’est pas épargné par ce mouvement. Alors que Renault a annoncé vendredi dernier des résultats financiers historiques et que PSA s’apprête lui aussi à présenter jeudi une année record, les syndicats revendiquent un « coup de pouce » sur les rémunérations.

A l’instar de ces grands groupes, c’est toute la France qui redécouvre les bienfaits de la croissance, après plusieurs années de vaches maigres. Ainsi, la Commission européenne a revu ses prévisions à la hausse pour la France et table désormais sur une croissance à 2 % (+ 0,3 point) pour 2018, et 1,8 % (+ 0,2 point) en 2019.

«Il est temps d’avoir une juste répartition des richesses»

« Depuis la crise de 2008, on avait accepté de restreindre nos exigences salariales, reconnaît Yannick Moné, secrétaire national de l’Unsa-Autoroutes. Mais la situation économique s’améliore. Et il suffit d’aller faire son plein d’essence pour voir que tout augmente. Il est temps d’avoir une juste répartition des richesses. »

D’autant que la période est propice aux réévaluations salariales. « Aujourd’hui, les entreprises, notamment dans l’industrie, sont obligées de remettre en question leurs politiques de rémunération, estime Fatine Dallet, du cabinet de recrutement Michael Page. Le retour de la croissance, ainsi qu’un fort besoin dans les nouvelles compétences, telles que la digitalisation, l’automatisation, l’intelligence artificielle ou encore la cybersécurité, font augmenter les salaires. »

Sans parler de la situation de l’emploi qui s’améliore, avec un taux de chômage passé sous la barre des 9 % fin 2017, soit le niveau le plus bas depuis 2009. Pour la première fois depuis longtemps, le rapport force dans l’entreprise pourrait tourner à l’avantage des salariés. « C’est une période enthousiasmante pour tout le monde : les cadres comme les ouvriers, estime Fatine Dallet. Les salariés ont raison de revendiquer des salaires à la hauteur de leurs compétences et de leurs capacités d’adaptation. »

Mais attention à la surchauffe. Aux Etats-Unis, la hausse plus forte que prévu des salaires et la crainte d’un rebond de l’inflation ont provoqué début février un mini-krach boursier. « Attention aussi à ne pas inverser la tendance, prévient Fatine Dallet. Notre industrie a su gagner en compétitivité ces dernières années. Il ne faudrait pas perdre cet avantage durement acquis. »