Les salaires vont-ils augmenter (fortement) cette année?

20 minutes – 21/02/2018 Nicolas Raffin

En Allemagne, le syndicat IG Metall réclamait une hausse de salaire de 6%. Il a finalement obtenu 4,3%. — Bj/action press/Shutter/SIPA

  • Les négociations annuelles obligatoires sont en cours dans beaucoup d’entreprises.
  • Le cabinet Deloitte table sur une augmentation de 2% pour les salariés.
  • Les augmentations individuelles prennent le pas sur les augmentations générales.

La bonne croissance observée en 2017 en France (+1,9 %), après des années plus moroses, va-t-elle se traduire sur les bulletins de paie ? Le cabinet Deloitte est plutôt optimiste. Dans son étude parue mardi sur le sujet, il note que « les sociétés prévoient une augmentation [salariale] de 2 %, toutes populations confondues [cadres et non-cadres] ». Une première depuis 2011.

Ce niveau sera-t-il suffisant ? Pas pour les syndicats d’Air France-KLM. Alors que l’entreprise a vu son bénéfice progresser de 42 % l’année dernière (1,48 milliard d’euros, dont 588 millions pour la partie française), la quasi-totalité des représentants du personnel appelle à la grève ce jeudi. Les pilotes et les personnels de cabine et au sol réclament une augmentation générale de 6 %, quand la direction propose seulement 1 %, en plus d’augmentations au cas par cas.

« Les revenus des travailleurs doivent suivre la hausse du coût de la vie »

« Il y a toujours un décalage entre les attentes des salariés et les enveloppes budgétaires prévues par les entreprises, rappelle Jean-Philippe Gouin, associé chez Deloitte. C’est une petite hausse mais cela veut dire que les entreprises reprennent confiance ».

Pour les négociations, les syndicats français peuvent prendre exemple sur l’Allemagne. Début février, IG Metall, puissant syndicat de la métallurgie, a obtenu une augmentation générale des salaires de 4,3 %, en plus d’un droit à la semaine de 28 heures. « Les revenus des travailleurs doivent suivre la hausse du coût de la vie et le développement économique » a estimé Marlis Tepe, leader du principal syndicat d’enseignants en Allemagne, qui réclame aussi une hausse de la rémunération des fonctionnaires.

La prime à l’individualisation

« Ce ne sont pas les mêmes circonstances qu’en France, rappelle Denis Ferrand, économiste et directeur général de Coe-Rexecode. En Allemagne, le taux de chômage est bas, et de nombreuses entreprises ne peuvent pas augmenter leur production faute de personnel. »

Autre différence : en France, les hausses générales sont plus maigres. « Les augmentations sont de plus en plus individualisées, poursuit Jean-Philippe Gouin. Plutôt que de faire du saupoudrage, les entreprises vont préférer augmenter largement leurs meilleurs salariés, quitte à donner beaucoup moins, voire rien du tout, aux autres. C’est particulièrement visible dans certains secteurs comme la finance ou la cybersécurité ».

Face à des salariés qui pourraient se sentir dévalorisés, les employeurs pourront jouer sur d’autres arguments, « comme l’intéressement ou l’amélioration de la qualité de vie au travail ». Pas forcément de quoi convaincre ceux qui n’ont pas eu d’augmentation…