Oxfam épingle les banques françaises pour leurs politiques climatiques « insuffisantes »

La Tribune – Par AFP  |  05/06/2019

Oxfam France, en partenariat avec Fair Finance France, a évalué plusieurs engagements ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) de huit banques françaises et a jugé leurs engagements climatiques insuffisants. L’ONG souhaite notamment que le gouvernement contraigne les banques à publier un plan de sortie des énergies fossiles.

L’ONG Oxfam appelle le gouvernement à prendre des mesures contraignant les banques à ne plus investir dans les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) afin de respecter les accords de Paris sur le climat, selon un communiqué publié mercredi. « Face à l’immobilisme des banques françaises, Oxfam demande des actes forts de l’État et que le gouvernement contraigne les banques à publier immédiatement un plan de sortie des énergies fossiles », déclare l’ONG, qui publie une analyse des politiques énergétiques de huit établissements bancaires (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE-Natixis, La Banque Postale, Crédit Mutuel-CIC, le Crédit Coopératif et la NEF).

Selon cette étude, réalisée par Fair Finance France, seule la banque NEF fait figure d’excellente élève avec une politique de financement des projets à impacts neutres et positifs, notamment autour des énergies renouvelables et de l’agriculture biologique. Elle est suivie par le Crédit Coopératif, filiale du mastodonte BPCE, qui finance l’économie sociale et solidaire.

Moins de 20% des financements et investissements dédiés aux énergies renouvelables

En revanche, sa maison mère BPCE est avant-dernière du classement, talonnée par Crédit Mutuel-CIC en bas de tableau. Classées 5e ex-aequo par l’ONG, Société Générale (qui a néanmoins annoncé le 23 mai dernier qu’elle arrêterait de traiter avec des entreprises dont plus de 50% de l’activité est réalisée dans le charbon thermique ou n’ayant pas de stratégie de transition) et Crédit Agricole font également partie des lanternes rouges, précédées par BNP Paribas.PUBLICITÉ  

Même La Banque Postale, troisième du podium, n’arrive pas à décrocher la moyenne, selon les critères établis par Fair Finance Guide International, à l’origine de cette grille d’évaluation des politiques de crédit et d’investissement des banques.

Selon Oxfam, sur la période 2016-2017, les six plus grandes banques françaises ont consacré la majeure partie de leurs financements et investissements aux énergies fossiles : 62,5% ont été accordés au gaz et au pétrole ainsi que 8,5% au charbon contre 19,6% pour les énergies renouvelables. Les 9,4% restants ont financé d’autres énergies telles que l’hydraulique et le nucléaire, détaille l’ONG, reprenant les données d’un rapport publié en novembre 2018.

« Nous avons cessé d’être neutres et nous avons résolument déplacé le centre de gravité de nos financements de manière à devenir un accélérateur de la transition énergétique », a réagi BNP Paribas dans un courrier adressé à Oxfam et consulté par l’AFP.

La banque critique par ailleurs les méthodes d’Oxfam pour cette étude. « En vous appuyant sur la comparaison de nos chiffres bruts à ceux de banques plus petites, vous pouvez laisser croire que nous ne faisons pas d’efforts pour réduire le financement des énergies fossiles », précise la banque qui assure que son financement des énergies renouvelables a connu une croissance de 66% en deux ans.

Des mesures contraignantes du gouvernement exigées

Lors de la diffusion du rapport, le ministre de l’Économie avait appelé les banques à « tenir leurs engagements » dans la lutte contre le réchauffement climatique et demandé d’arrêter « définitivement de financer les activités les plus nocives pour le réchauffement climatique, en particulier le charbon ».

Selon l’ONG, pour que les accords de Paris sur le climat soient respectés, le gouvernement « doit contraindre les acteurs financiers à adopter un plan de désengagement progressif du charbon au plus tard en 2030 dans l’OCDE et l’UE, et en 2040 dans le reste du monde ».

Elle préconise aussi la publication d’un « plan de stabilisation puis de diminution » des investissements dans les secteurs pétrolier et gazier. Enfin elle demande à ce que les établissements mesurent et divulguent les émissions de gaz à effet de serre de leur portefeuille.