Loi Pacte, taux bas, mariage Banque Postale : la CNP en pleine transformation

Les échos – Par Delphine Cuny  |  29/07/2019

Premier assureur de personnes en France, la CNP a des sources de revenus diversifiées entre les réseaux et à l'international.
Premier assureur de personnes en France, la CNP a des sources de revenus diversifiées entre les réseaux et à l’international. (Crédits : CNP)

Le leader français de l’assurance vie, dont La Banque Postale va prendre le contrôle, a enregistré une croissance de 3,6% au premier semestre, tiré par le Brésil. La réforme de l’épargne retraite, couplée à l’environnement de taux d’intérêt, va conduire la CNP à adapter son offre, tout en se diversifiant dans l’assurance dommages.

Transformation opérationnelle, digitale, réglementaire et « nouveau paradigme actionnarial » : CNP Assurances va connaître de profonds changements dans les mois à venir. Tout d’abord, le numéro un français de l’assurance vie va changer d’actionnaire majoritaire : ce ne sera plus la Caisse des Dépôts (40,87% du capital actuellement), mais La Banque Postale (elle-même filiale de la Poste, qui sera contrôlée par la CDC), qui détiendra 62,13% à l’issue de leur rapprochement destiné à créer un grand bancassureur.

Un nouveau pacte d’actionnaires sera scellé entre La Banque Postale et le groupe BPCE (Banques Populaires caisses d’Épargne), lequel détiendra 16,11%, comme a été annoncé par les deux groupes vendredi 26 juillet. Le partenariat commercial avec BPCE a aussi été prolongé jusqu’à fin 2030, potentiellement jusqu’en 2050, renforçant son « modèle d’affaires multipartenarial », sans l’enfermer dans une relation d’exclusivité avec La Banque Postale.PUBLICITÉ

Après la dispense d’OPA obtenue de l’Autorité des marchés financiers, le capital flottant de CNP, qui restera cotée en Bourse, demeurera autour de 22%, a souligné Antoine Lissowski, le directeur général, ce lundi 29 juillet, en présentant les résultats du premier semestre.

L’ex-directeur financier, aux commandes depuis un an après le départ surprise de Frédéric Lavenir, a insisté sur la « performance opérationnelle solide » de CNP au premier semestre, « malgré un contexte européen de taux d’intérêt exceptionnellement bas » et bien partis pour le rester : la Banque centrale européenne (BCE) envisage même de baisser les taux, potentiellement dès septembre. Le chiffre d’affaires de CNP a progressé de 3,6% à 17,6 milliards d’euros et le bénéfice net de 2,3% à 687 millions d’euros.

« L’univers de taux courts va vouloir dire une transformation du modèle de gestion de l’assurance de personnes » a fait valoir le patron de CNP.

Réforme de l’épargne retraite

Le contexte de taux bas nécessite « la poursuite de la transformation opérationnelle » du groupe : l’objectif est de réduire les coûts – pourtant maîtrisés avec un coefficient d’exploitation de 27,8% – en digitalisant 80% des processus d’ici à 2022, ce qui devrait se traduire par des gains récurrents de 45 millions d’euros à horizon 2021. « La digitalisation n’est pas un gadget de communication : elle irrigue toutes les activités », a considéré le patron de CNP.

Une autre transformation de l’environnement tient au contexte réglementaire, avec la réforme de l’épargne retraite introduite par la loi Pacte, promulguée en mai et dont les ordonnances d’application viennent d’être publiées au JO. Un client pourra par exemple transférer ses avoirs d’un contrat à un autre au sein de la même compagnie d’assurance, sans perdre l’antériorité fiscale. L’épargne retraite va aussi venir concurrencer l’assurance vie : un dispositif est prévu pour inciter les épargnants à transférer leur assurance vie vers un produit retraite jusqu’au 1er janvier 2023.

« La loi Pacte va nous amener à travailler de manière plus dynamique et plus créative sur les encours de nos clients. Les assureurs étaient assis sur d’importants passifs, la profession était abritée des évolutions du temps. Cette loi nous invite à avoir un suivi plus fréquent de nos clients, à vérifier que le type de contrat correspond bien à leurs besoins », a estimé Antoine Lissowski. « Notre réponse sera de renouveler la proposition clients ».

Le directeur général de la CNP prédit que certains acteurs, notamment des banques, vont s’interroger sur la poursuite de leur activité d’assurance vie ou sur le seul maintien des clients les plus rentables (en unités de comptes). Il a évoqué des discussions avec certains acteurs en vue du rachat de leur portefeuille clients.

Cette relation plus fréquente avec les clients sera permise par les outils digitaux, mais aussi par la diversification dans l’assurance dommages prévue dans le cadre du rapprochement avec La Banque Postale.

« Le fait que nous intégrions l’IARD [incendie, accidents, risques divers : couverture des biens et non des personnes, ndlr] va permettre de renouveler le dialogue avec les clients » a mis en avant Antoine Lissowski.

Le groupe a aussi des ambitions sur les produits de retraite où CNP est « leader avec 20% de part de marché » dans le cadre de sa co-entreprise Arial CNP avec AG2R La Mondiale constituée l’an dernier (CNP était 3e et son partenaire numéro deux de la retraite supplémentaire).

Moteur brésilien

Si les résultats sont contrastés en France (ralentissement de la collecte du réseau BPCE, mais dynamisme à La Banque Postale, baisse de l’activité prévoyance et santé, hausse de l’assurance emprunteur), l’activité est en forte croissance, de plus de 20% (à change constant) au Brésil, son deuxième marché (plus de 18% du chiffre d’affaires).

« Nous sommes désormais actionnaires du troisième assureur brésilien. Caixa Seguradora a accru sa part de marché de 9,9% à 11,4% », a indiqué Antoine Lissowski.

Cette filiale commune avec l’une des principales banques brésiliennes, Caixa Economica Federal, surperforme le marché brésilien, qui se porte bien, avec des taux élevés malgré une croissance économique plus volatile. CNP a l’ambition de se renforcer au Brésil. Cependant, l’accord conclu en août 2018 sur la prolongation du contrat d’exclusivité de distribution avec la CEF de 2021 à 2041 n’est toujours pas finalisé : la nouvelle direction de la banque brésilienne souhaite y apporter « des ajustements ».

« La nouvelle équipe [de la Caixa Economica Federal] a des ambitions beaucoup plus fortes dans l’assurance et souhaite changer de trajectoire. Nous devrions signer une variante de l’accord : nous ferons en sorte que le modèle ne soit pas changé substantiellement et qu’il n’y ait pas de changement en termes de valeur », a voulu rassurer le directeur général de CNP.

L’accord du 30 août 2018 prévoyait la création d’une nouvelle société d’assurance commune détenue à 51% des droits de vote, mais 40% des droits économiques par CNP, le solde par une filiale de la Caixa Economica Federal.

Cette incertitude a peut-être pesé sur l’action CNP. Le titre a cédé 1,5% ce lundi. Membre de l’indice SBF 120, la CNP capitalise plus de 13 milliards d’euros, plus que Natixis (filiale cotée de BPCE) à à titre de comparaison.