Caisse d’Epargne teste le statut de banquier « auto-entrepreneur »

Les échos – 17/02/2020 – Par Romain Gueugneau

Selon nos informations, la banque souhaite mener des tests en Bretagne et dans les Pays de la Loire pour employer des conseillers indépendants, en partie rémunérés aux commissions. L’expérience est inédite en France, et fait déjà grincer les syndicats au sein du groupe BPCE, filiale des Caisses d’Epargne.

Dans un secteur en pleine transformation, bousculé par le numérique, l’évolution des usages et les taux négatifs, les banques cherchent la parade. Et imaginent toutes les solutions pour continuer à croître et préserver leurs marges. C’est dans ce contexte que les Caisses d’Epargne ont décidé de tester, selon nos informations, un nouveau statut de « banquier auto-entrepreneur ».

L’expérimentation, inédite en France et validée par le groupe BPCE, filiale des Caisses d’Epargne, doit avoir lieu dans les régions Bretagne et Pays de la Loire. D’après un document très complet que « Les Echos » ont pu consulter, la Caisse d’Epargne Bretagne Pays de la Loire (CEBPL) souhaite créer un nouveau poste de « conseiller indépendant local », qui sera « mandataire exclusif » du groupe, et aura pour mission de suivre les clients existants, mais aussi d’en démarcher de nouveaux.

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Il travaillera en lien direct avec des solutions de banque en ligne Caisse d’Epargne : c’est elle qui réalisera « les actes de gestion et les opérations bancaires qui découlent de la prestation de conseil », précise le document, qui a été présenté le mois dernier en comité social et économique. Le fonds de commerce restera la propriété de la Caisse d’Epargne.

Remonter les parts de marché

Selon la banque, qui doit encore obtenir l’aval de l’ACPR, le gendarme du secteur, avant de lancer ces tests, cette option pourrait lui « permettre de conserver [son] empreinte territoriale lorsqu'[elle] ne peut plus maintenir une agence, ou d’installer une enseigne là où [elle] n’est pas présente ». En Bretagne et dans les Pays de la Loire, près d’une agence sur deux dispose de trois employés temps plein ou moins, avec un réseau « vieillissant », regrette le groupe, qui peine par ailleurs à « fidéliser ses collaborateurs et attirer de nouveaux talents », alors que  la profession perd en attractivité .

Avec cette solution, qui rappelle la formule d’agences bancaires franchisées courantes en Belgique, la CEBPL considère qu’elle pourra mieux répondre aux attentes de ses clients et maintenir une relation humaine. Elle espère faire remonter ses parts de marché dans la région, où elle peine à atteindre les 10 %.

Des conseillers experts

Pas question pour Caisse d’Epargne, toutefois, de recruter n’importe qui. Ces conseillers indépendants, qui pourraient opter pour la forme juridique d’une Société Anonyme par actions simplifiée (SAS), devront posséder trois agréments pour pouvoir distribuer l’ensemble des produits (banque, épargne, assurance), et prouver d’une première expérience comme cadre (au moins deux ans) dans une banque ou chez un assureur.

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Leur rémunération sera basée sur le commissionnement de nouveaux produits (crédits, assurances…), mais aussi sur « la défense et la préservation des stocks » (croissance des encours, progression du PNB de l’agence…).

Pour la banque, l’intérêt est également financier, puisque les charges seront en partie supportées par le conseiller indépendant local (frais de personnel, fonctionnement courant de l’agence, etc).

Les syndicats vent debout

Alors que les tests sont censés débuter au deuxième trimestre, les syndicats sont déjà vent debout contre ce projet. « Une ligne rouge est franchie avec ce type de statut d’auto-entrepreneurs dans la banque. C’est la porte ouverte à de nombreuses dérives », alerte Frédéric Guyonnet, le président du SNB, premier syndicat du secteur.

Les représentants du personnel redoutent notamment que ce nouveau statut pousse davantage à la vente de produits à tout prix, pour faire gonfler les revenus de l’indépendant, plutôt qu’au conseil et à l’accompagnement. « Le risque, c’est de se retrouver avec des vendeurs d’aspirateurs », grince le syndicaliste.

Caisse d’Epargne précise dans le document que les tests, menés dans trois agences, feront l’objet d’une période d’observation, qui doit « permettre de stopper l’expérimentation si nécessaire et de l’adapter pour un déploiement en cas de besoin, comme solution complémentaire de [leur] plan de distribution ».

Un comité de groupe extraordinaire doit avoir lieu ce mercredi chez BPCE pour évoquer le projet plus en détail avec les syndicats. Interrogé par « Les Echos », le groupe indique que c’est « son rôle de tester de nouveaux modèles » pour s’adapter à l’évolution de l’environnement dans la banque, mais que le projet reste encore « en phase d’étude ».

Romain Gueugneau